Mardi 1 août 2006
 

400 ans avant le Christ, en Grèce, Parrhasios provoque en étrange duel Zeuxis, l’artiste entre tous honoré. «Toi dont le génie est incontesté, lui dit-il, je te défie ; voici couleurs vives et pinceaux :
Peins un objet de ton choix, je ferai de même. Que soit sacré maître peintre parmi les maîtres celui dont l’œuvre sera parfaitement semblable à ce que l’œil perçoit de la réalité !»
 
Zeuxis accepte le combat pacifique. Les deux hommes travaillent longtemps en secret derrière les murs ensoleillés de leurs demeures. Vient le jour du jugement. Voici les deux ouvrages que deux voiles dissimulent, au plein soleil de midi, devant l’assemblée souveraine des poètes. Zeuxis d’un geste simple fait glisser le tissu, révèle son chef-d’œuvre.
 
Chacun alors contemple une opulente grappe de raisins noirs que l’on dirait à peine vendangée tant elle semble charnue, juteuse et  chaudement sucrée. On salive à sa vue, deux moineaux innocents passant par là en veulent picorer les grains, on s’émerveille : un homme est l’égale des Dieux quant son art séduit les oiseaux. Zeuxis triomphe. “Que Parrhasios dévoile maintenant son oeuvre” dit-il. “Dévoile-là toi-même” réponds Parrhasios.
 
Celui qui le défia tend la main et s’étonne. Aucune étoffe palpable ne dissimule le tableau. Ce voile de soie blanche dont les plis semblent bouger au vent léger est illusoire:: il est peint en trompe-l’œil. L’assemblée troublée par ce piège à raison salue avec respect, décerne à Parrhasios la palme et se disperse, prise de crainte brumeuse devant un art pour le coup trop divin pour être honnête.
Pline, XXXV, 65